Roues de l'être

"Il n'avait pas envie de pleurer  - ne s'était jamais de sa vie moins senti envie de pleurer - quand tout à coup des larmes faciles et bêtes ruisselèrent le long de son nez, et il sentit avec un déclenchement presque perceptible les roues de son être s'emboîter de nouveau sur le monde extérieur. Les choses qui, un instant auparavant, traversaient le globe de ses yeux sans rien signifier reprirent des proportions convenables. Les routes étaient faites pour y marcher, les maisons pour y vivre, le bétail pour être mené, le sol pour être cultivé et les hommes et les femmes pour leur parler. Ils étaient tous réels et bien vivants - solidement plantés sur leurs pieds - parfaitement intelligibles - argile de son argile, ni pus ni moins. Il se secoua comme un chien a qui a une puce à l'oreille, et s'en alla errer au-delà de la barrière."

Kipling, Kim, ch. XV (ed. folio, trad. Louis Fabulet et Charles Fountaine Walker)

"He did not want to cry—had never felt less like crying in his life—but of a sudden easy, stupid tears trickled down his nose, and with an almost audible click he felt the wheels of his being lock up anew on the world without.  Things that rode meaningless on the eyeball an instant before slid into proper proportion.  Roads were meant to be walked upon, houses to be lived in, cattle to be driven, fields to be tilled, and men and women to be talked to.  They were all real and true—solidly planted upon the feet—perfectly comprehensible—clay of his clay, neither more nor less.  He shook himself like a dog with a flea in his ear, and rambled out of the gate."