L'inachevé

"Tout l'art consiste pour l'écrivain [ Flaubert ] à introduire le flou dans les images verbales : le flou n'est pas un déficit initial de la vision, c'est out au contraire ce qui se gagne par le travail de l'écriture, ce qui approfondit et élargit la représentation en la rendant fidèle au vide et à l'incertitude qui travers les choses. Il s'agit d'inachever le texte, au sens transitif et délibéré du terme. Le vague dans l'écriture, l'écrivain le construit lentement, page après page, en brisant méticuleusement les lignes trop nettes de l'évocation, en déconstruisant le dessin linéaire pur de ses propres références, en installant le vide des ellipses narratives par lesquelles le lecteur sera conduit à créer lui-même les médiations manquantes : bref, en remplaçant la figure d'une totalité narrative par le dispositif lacunaire et disjoint d'une œuvre traversée par le non finito. "

Pierre-Marc de Biasi. Flaubert, une manière spéciale de vivre. ch. 11, l'invention du flou (1857-1863). Grasset & Fasquelle, 2009.