Comme si je les retirais des receptacles les plus secrets

"J'arrive au domaine et aux vastes palais de la mémoire (campos et lata praetoria memoriae) où se trouvent les trésors d'innombrables images qu'on y a apportées en les tirant de toutes les choses perçues par les sens ; y sont déposés tous les produits de notre pensée, obtenus en amplifiant ou en réduisant les perceptions des sens  ou en les transformant d'une façon ou d'une autre ; j'y trouve aussi tout ce qui y a été mis en dépôt et en réserve et qui n'a pas été encore englouti et enterré par l'oubli. Quand j'entre là, j'évoque toutes les images que je veux. Certaines se présentent tout de suite, d'autres se font désirer plus longtemps, comme si je les tirais de réceptacles plus secrets. D'autres accourent en masse, et alors que j'en cherche et que j'en veux d'autres, elles se mettent en avant avec l'air de dire : "Ne serait-ce pas moi" ? ". Et moi, avec la main de l'esprit, je les chasse du visage du souvenir, jusqu'à ce que celle que je cherche se dévoile et quitte sa retraite pour se présenter à ma vue. D'autres viennent docilement, en groupes ordonnés, au fur et à mesure que je les appelle; les premières se retirent devant les suivantes et, en se retirant, elles sont cachées à ma vue, prêtes à revenir quand je veux. Toutes choses qui se produisent quand je dis quelque chose par cœur."

Saint-Augustin. Confessions, X, 8