Une demeure de 1932

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Du salon à la cuisine,  des chambres de jeune homme aux chambres de petites filles, du fumoir au boudoir, de la salle à manger des enfants à la salle de jeu, de salle de bain en salle de bain,  les horloges fonctionnent à nouveau dans la Villa Cavrois construite par Robert Mallet-Stevens à Croix, dans la banlieue de Lille.

Laissée à l'abandon, vandalisée, pillée, envahie par la végétation, près d'être détruite pour lotir le terrain, elle a  finalement été achetée par l’État à la suite d'une longue bataille patrimoniale et a fait l'objet d'une somptueuse restauration menée par le centre des monuments nationaux. Aucun détail n'a été négligé, le moindre indice a été mis à profit dans une démarche proprement archéologique. Quand les traces ne suffisaient plus, il a fallu scruter au millimètre près les photos illustrant la petit in-quarto que Mallet-Stevens publia aux éditions L'Architecture d'aujourd'hui : Une demeure de 1934.  Un savoir-faire perdu a été remobilisé par des artisans spécialisés. Raffinement parmi d'autres : pour la fabrication des placages en bois de palmier de certains meubles fixes, il a fallu recourir à la seule scie en France permettant de tailler assez finement cette essence ultra-fragile, une scie du XIXe siècle.

 

La Villa Cavrois est membre du réseau international Iconic Houses dédié à l'architecture du XXe siècle

Réversibilité

 
Détail, après nettoyage puis après restauration.

Détail, après nettoyage puis après restauration.

Jan van Eyck,  Margaret, femme de l'artiste 1439 (Bruges, musée Groninge)  après  nettoyage  puis après restauration.

 

Dans le documentaire que  Frederick Wiseman a consacré à la National Gallery de Londres, on apprend que les nouvelles techniques de restauration reposent sur le principe de réversibilité : toutes les réparations et  retouches sont effectuées, au prix parfois de centaines d'heures de travail, à partir d'une fine couche de vernis qui peut être enlevée en un quart d'heure.  Plus rien de définitif pour permettre aux générations futures d'historiens de l'art et de restaurateurs de forger leur propre interprétation de l’œuvre en revenant sur la restauration antérieure.

135 All Saints Street, Hastings

 

Au 135 All Saints Street à Hastings, rue bordée de maisons  à colombages, Alastair Hendy a investi une maison de marchands du XVIe siècle après des années de travaux.  Ce photographe, journaliste et styliste spécialisé dans la gastronomie et les voyages est aussi l'heureux inventeur et propriétaire d'une quincaillerie, brocante, restaurant dans une autre partie de cette petite ville côtière du sud de l'Angleterre : AG Hendy's Home Store.

En aucun cas, il ne s'est agi pour lui de viser une reconstitution historique. Il a plutôt décoré la maison comme on mettrait un déguisement, pour s'amuser. Ce qui semble l'avoir guidé, c'est avant tout les jeux de textures, à commencer par le bois des colombages et des lambris, mis à nu, raboteux.

Un nuancier est né,  réduit et contrasté : le noir et le blanc, le rouge et le vert.

Meubles et objets sont venus peupler les pièces non par respect scrupuleux du passé mais suivant l'intelligence de la matière : le mat et le rugueux. Ficelles et cordes, briques des murs de la cuisine et de la courette, lin tissé à la main des serviettes et des nappes, crin des brosses, brindilles d'un nid posé sur le rebord d'une fenêtre, papier pulpeux des gravures du XIXe siècle, grès des pots,  rouille et patine des métaux. Et pour souligner les aspérités, une source de lumière inégalée : la bougie.

Voici une maison qui n'est pas faite pour être habitée tous les jours de l'année mais pour éprouver des sensations :  l'engourdissement et le silence interrompu par les craquements d'un feu de bois, les rêveries nées du vacillement des flammes ou des tourbillons de vapeur au-dessus d'une casserole, les visages humains dessinés au hasard des accidents des murs, l'appel au monde nocturne d'une chouette qui hulule.

 

 

La maison d'Alastair Hendy est ouverte deux fois par an : en été et à Noël. Pour plus d'informations, reportez-vous à cette page.

Stanza degli uccelli

gypsothèque de la Villa Medicis

Cette petite porte verte que l'on aperçoit depuis la fenêtre de la gypsothèque de la Villa Médicis ouvre sur un lieu secret, dont la splendeur a été redécouverte grâce à une pensionnaire de l'Académie de France, Géraldine Albers, venue sonder le badigeon qui le recouvrait. Il s'agit de la chambre aux oiseaux que le cardinal Ferdinand de Medicis a commandée au peintre florentin Jacopo Zucchi vers les années 1576-1577.

Grand collectionneur d'antiques (c'est lui qui est à l'origine de l’incrustation des bas-reliefs sur la façade intérieure de la villa), érudit, féru de sciences et de botanique (il cultivait des spécimens rares dans un jardin secret, le "Jardin des citronniers"), il fait construire à l'écart de sa villa du Pincio, niché au fond du jardin, un petit pavillon privé destiné à la retraite, à l'étude, à la contemplation de la campagne romaine et aux rencontres intimes  : un studiolo de deux pièces recouvertes de fresques.  La plus petite, "chambre de l'aurore", est décorée de grotesques, de paysages et de personnages mythologiques ; le plafond de la seconde, la plus grande, est parcouru de treillages, où s’entremêlent feuillages et fleurs, où sont posés oiseaux et petits animaux. La fraîcheur de l'intérieur d'une volière, un livre d'histoire naturelle à ciel ouvert.

 

 

Voir l'article de L'Objet d'art consacré à la restauration du pavillon de Ferdinand de Medicis

La restauration a été menée par feu Luigi de Cesaris, et les tentures en taffetas de soie rose bleuté, de type ermisino,  qui drapent les parois ont été commandées  à l'Antico Setificio Fiorentino.


 

Voir l'article de L'Objet d'art consacré à la restauration du pavillon de Ferdinand de Medicis

photo empruntée à  cet album flickr.

Greffons

Sculptures exposées à la Centrale Montemartini

Ce que nous regardons comme une totalité dotée de sens et de beauté, les riches collectionneurs de marbres antiques du XVIe et du XVIIe siècles ne le considéraient que comme des fragments appelés à être complétés. Ils faisaient alors appel à des sculpteurs pour greffer des parties manquantes sur les corps mutilés de leurs "reliques cendreuses" afin d'exposer leurs statues reconstruites, un peu comme si l'on collait des bras modernes à la Venus de Milo. Ainsi Le Bernin et L'Algarde furent sollicités pour procéder à ces opérations, imprimant une gestuelle baroque aux divinités classiques et s'éloignant de l'iconographie antique : voir la statue d'Héraclès en tueur de l'Hydre de Lerne ou l'Hermès Ludovisi conservé au Palazzo Altemps.

Au XVIIIe siècle commença un vaste mouvement de dérestauration, visant à ôter les morceaux ajoutés à ces êtres devenus hybrides.

 

 

Graffitis

Yevgeny Chaldej, Reichstag, mai 1945, source

Dans les premiers jours du mois de mai 1945, les soldats de l'Armée rouge prennent d'assaut le Reichstag (moment immortalisé a posteriori par la fameuse mise en scène du drapeau rouge d'Yevgeny Chaldej). Ils s'infiltrent ensuite dans le bâtiment ruiné et tous ont ce geste dérisoire de tracer leur nom sur les murs comme pour inscrire l'individuel dans le collectif, comme si pouvoir écrire après avoir eu les mains prises par les armes des années durant était l'ultime victoire : les soldats avec de simples bouts de charpente carbonisée ou de la craie, les officiers avec les crayons gras pour le marquage des cartes. Du sol au plafond, pas un espace ou presque n'est laissé vide.

Cinquante ansplus tard, pendant les travaux de restructuration du Reichstag menés par Norman Foster, les ouvriers mettent au jour, derrière le plâtre et l'amiante des premières rénovations des années 60,  les murs recouverts de caractères cyrilliques. De longues polémiques ont ensuite lieu : fallait-il gommer ces "marques tribales" en signe d'une Allemagne tournée résolument vers son avenir ? ou  laisser intacts ces témoignages afin de ne pas oblitérer l'histoire même de ce lieu hautement symbolique des années noires du pays ? Il fut décidé de laisser quelques pans de murs en l'état.

Transient

BRANDEBOURG
1)Sakhaboud
2)Olrouchov Annirov
3)Gare Mpolorabrilian
4)Belkin et Abyline
9 mai 1945
Les Stalingradois à Berlin
2 colonnes de noms propres (dont quatre serg(ents) et 3 red.(acteurs ?) à droite)
3 noms propres à gauche
puis K.Matiach (au centre)
ch 8 3a Lenin
605.49
Shparov Kva(..)
Ror (tel.
? Oraov
Raet