Haze

Tara Donovan. Sans titre, 2008. Feuilles de polystyrène. Pace Gallery

Transient

Pour la première fois en Europe, une exposition est consacrée à la sculptrice américaine Tara Donovan : huit de ses installations occupent une aile du Louisiana, magnifique complexe d'art moderne bordant le détroit de l'Øresund non loin d'Elseneur.

Des matériaux produits en masse, facilement accessibles (boutons, assiettes en papier, cure-dents, pailles en plastique), de couleur neutre, servent de point de départ à une énorme travail d'assemblage d'une minutie extraordinaire. Ainsi pour Haze,  l'artiste a-t-elle collé les unes aux autres des milliers de pailles transparentes contre un mur en faisant naître de doux reliefs : de loin, rien ne permet de discerner ce dont la sculpture est faite, elle donne la sensation d'une matière cireuse d'un blanc immaculé ; de près, le spectateur se trouve happé par un monde sans fond d'alvéoles minuscules dont il ne peut détacher ses yeux. Il en va de même pour ce parallélépipède empli de feuilles de polystyrène dont les courbes tour à tour laissent passer la lumière ou forment un monde replié sur lui-même selon qu'on les regarde de biais ou de face.

Car les oeuvres de Tara Donovan ont cette particularité d'être, selon ses mots, "activées par le corps du spectateur".  Elles changent au gré de ses mouvements, offrant des formes contrastées,  des lumières et des reflets en perpétuelle mutation. Elles jouent des échelles de perception et de l'incapacité du regard à saisir une totalité signifiante.  Elles semblent abolir les limites entre un intérieur et un extérieur comme si elles propulsaient le spectateur au sein d'une représentation agrandie au microscope de son propre organisme. Et c'est un bonheur d'observer le ballet des visiteurs qui passent et repassent inlassablement devant une même oeuvre : s'approchant, se reculant, faisant deux pas de côtés, tournoyant, marchant dans une multiplicité de rythmes. Ici, nul trompe-l'oeil car rien n'est représenté  mais la joie de sentir son regard sculpter une matière vivante.


Exposition Tara Donovan, au Louisiana, Humlebæk, jusqu'au 28 juillet 2013.

Jardin d'hiver

http://florizel.canalblog.com/archives/2012/10/28/25442236.html

 

S'il avait eu connaissance des merveilleuses fleurs de soie pliée de Karuna Balloo, sans doute Mallarmé les aurait-il immédiatement placées dans l'une des corbeilles de mariage qu'il se plaisait à composer dans La Dernière Mode aux côtés d'un petit flacon Louis XV à guirlande, d'un éventail, de dentelles Chantilly, de parures d'émeraudes et de brillants, de châles à motifs cachemire, les yeux éblouis par des "irisations, des opalisations ou des scintillements". Sans doute aurait-il confié à Miss Satin le soin de louer le contenu des cartons de cette horticultrice textile : "On pourrait dire de cette dame qu'elle a des doigts de roses du matin, mais d'un matin artificiel, faisant éclore des calices et des pistils d'étoffes". Et nous mettrions ses fleurs dans nos cheveux sans plus attendre.

photo du mur d'inspiration par Nathalie Baetens pour Côté Paris, oct-nov 2012