Réversibilité

 
 Détail, après nettoyage puis après restauration.

Détail, après nettoyage puis après restauration.

Jan van Eyck,  Margaret, femme de l'artiste 1439 (Bruges, musée Groninge)  après  nettoyage  puis après restauration.

 

Dans le documentaire que  Frederick Wiseman a consacré à la National Gallery de Londres, on apprend que les nouvelles techniques de restauration reposent sur le principe de réversibilité : toutes les réparations et  retouches sont effectuées, au prix parfois de centaines d'heures de travail, à partir d'une fine couche de vernis qui peut être enlevée en un quart d'heure.  Plus rien de définitif pour permettre aux générations futures d'historiens de l'art et de restaurateurs de forger leur propre interprétation de l’œuvre en revenant sur la restauration antérieure.

Jardin des plantes

Antonio Marinoni. Illustration pour Le Jardin des plantes d'August Strindberg aux éditions Notari.

Antonio Marinoni. Illustration pour Le Jardin des plantes d'August Strindberg aux éditions Notari.

Antonio Marinoni. Illustration pour Le Jardin des plantes d'August Strindberg aux éditions Notari.

 

Après les représentation à Paris des Créanciers, le 21 juin 1894, et de  Père, le 13 décembre 1895, August Strindberg connaît la consécration en France. Il s'installe pendant plusieurs années dans la capitale, où il dit "exister en esprit depuis sa jeunesse", pour se consacrer pleinement aux sciences exactes  : à la chimie, à la botanique, à l'astronomie, à  l'optique et à la zoologie.

Assoiffé de savoir, lancé dans la quête d'un sens universel, hommes de sciences autant qu'hommes de lettres dont la curiosité ne se donne aucune limite disciplinaire, Paris est son laboratoire intellectuel et il y place en son centre le Jardin des Plantes du Muséum d'histoire naturelle :

"Ici , on parle et on écrit une langue romaine sous une forme rajeunie, la littérature et l'art se forment et toutes les nouvelles pensées du monde convergent, sont digérées et réestampillées avant de repartir dans le monde. Il y a même un îlot de nature de soixante arpents, clôturé d'un mur comme le jardin de l'éden. Toute la création est ici réunie en un seul lieu et chaque objet raconte son histoire, chaque pierre, chaque plante, chaque animal est dans la mémoire associé à un grand nom de l'esprit humain. C'est grand comme la Genèse et cela agit en moi comme un propylée de l'histoire mondiale, comme l'Ancien Testament ; je ne sais pas ci cela est dû au cèdre du Liban, là avec toute l'arche de Noé. Quelqu'un a dit : la terre peut bien disparaître - si le Jardin des Plantes est épargné, la création sera sauvée. C'est avec recueillement devant le poids du lieu que je remonte la rue Linné et entre par le jardin de Buffon dans le temple du règne minéral".

Ce jardin qu'il aimait au point d'avoir songé à postuler pour un emploi de jardinier donnera son nom à un recueil d'articles de botanique écrits directement en français. La science constitue  pour lui un puissant moyen d'unifier l'expérience contre le vertige du morcellement de la réalité en d'irréductibles fragments :  le plus infime détail  a partie liée à un tout qui fait sens, en quelque point du monde qu'il se trouve, d'Uppsala aux rives du Danube. Et l'on sent avec lui de quelle force on s'infuse à observer une fleur particulière à un endroit précis en se disant qu'elle est reliée à des milliers d'autres fleurs de par le monde avec qui elle partage des caractéristiques communes : arrachée au moment présent pour entrer dans le temps suspendu du savoir.  Livre du "grand désordre et de la cohérence infinie", Le Jardin des plantes s'applique à montrer, parfois à contre-courant de la science moderne, que règne minéral et règne végétal se répondent, soumis qu'ils sont aux mêmes lois de l'évolution et à un même principe fondateur.

C'est ce recueil d'articles qu'ont publié  les éditions Notari dans leur belle collection Botanic'Art (superbement imprimée et reliée en Italie, il faut le souligner), accompagné de dessins aquarellés et hachurés à l'encre de chine  de la main d'Antonio Marinoni dont on a déjà pu admirer Velours, le nez d'un voleur et L'Heure bleue.

Loin de simplement illustrer les articles de Strindberg (même si certains passages réservent des visions émerveillées, tel le spectacle des ellipses projetées par les rayons du soleil à travers un feuillage touffu sur le plancher d'une véranda ), ils dialoguent avec eux.  Reprenant l'analogie entre minéral et végétal, Antonio Marinoni  établit un subtil jeu de correspondances entre végétal représenté dans la plus pure tradition du dessin botanique, dont il a la maestria technique, et  le minéral transformé par l'art, essentiellement moderne et contemporain. A travers feuilles, fleurs, et arbres, il  a ainsi malicieusement mis en scène, parfois dans des boîtes à la manière de Joseph Cornell,  des oeuvres de Brancusi,  Giacometti, Henry Moore, Noguchi, Yves Klein,  Louise Bourgeois,  Tomas Saraceno, Danh Vo ou encore Olafur Eliasson.

Une bien belle manière d'expérimenter la tension entre  "le grand désordre et la cohérence infinie", au coeur des sciences comme des arts.

 

 

Jardin des plantes d'August Strindberg, préface et traduction de Sylvain Briens, dessins d'Antonio Marinoni. Editions Notari, Genève, 2012.

 

 

Regard de l'âne

Catherine Deneuve dans Peau  d' Ane de Jacques Demy  

Détail du Pierrot de Watteau, Musée du Louvre

Faut-il compter parmi les sources d'inspiration de Jacques Demy pour Peau d'âne ce détail du Pierrot de Watteau ?

 

 

 

 

 

 

 

Vous pouvez aller au Louvre, dans la salle Watteau,  faire l'expérience troublante de ce regard, parmi les plus beaux  jamais peints