Retour au Clärchens Ballhaus

Un même lieu, le Clärchens Ballhaus à Berlin,

une même photographe, Sibylle Bergemann, à trente ans de distance.

 

 

1976 : Berlin-Est,  travailleurs, officiels du régime, soldats, jeunes filles et vieux messieurs se mêlent à quelques visiteurs venus de l'ouest  dans ce dancing des années dix  à moitié coupé par les bombardements. Opacité, rêves, silences, regards, peur.

Sibylle Bergemann vient d'emmenager avec son mari, Arno Fischer, grand photographe est-allemand, dans un vaste appartement au 12 Schiffbauerdamm non loin du Berliner Ensemble, au bord de la Spree qui sépare la ville en deux : un appartement toujours ouvert aux amis, prêt à accueillir toutes les fêtes, une véritable oasis.  Helmut Newton, Robert Frank, René Burri, Henri Cartier-Bresson, Barbara Klemm, Joseph Koudelka y sont maintes fois passés tandis qu'eux étaient rivés à l'intérieur du rideau de fer, autorisés à faire de sporadiques voyages à l'étranger, parfois tentés de ne pas revenir, mais toujours poussés à repasser la frontière pour rejoindre famille, amis,  étudiants.

2008 : Berlin réunifié, la salle des glaces du Clärchens Ballhaus ne sert plus d'entrepôt à charbon, Sibylle Bergemann n'a plus à subir la censure et continue, entre autres, à faire des photos de mode, non plus pour Sibylle - feu le Vogue est-allemand -, mais ici pour Achtung. La belle Leonie pose dans des vêtements Rodarte, le regard perdu dans le reflet du miroir fêlé.

Quatre ans auparavant, le couple a fait une grande exposition de cinq jours  avant de quitter l'appartement du 12 Schiffbauerdamm déclaré insalubre : "Finissage", la fin d'une époque. Sibylle meurt en 2010, Arno en 2011.

 

Toutes les photographies de Sybille Bergemann sont issues du site de la Ostkreuz, l'agence photographique créée  en 1990 avec des amis.

Une de ses séries les plus connues, Das Denkmal, couvre sur dix ans la construction des sculptures de  Marx et Engels destiné au forum qui leur était dédié. Ou comment se coulant dans les contraintes de la commande publique, elle a réussi une oeuvre pleine d'ironie distanciée.

De Arno Fischer, voir en particulier la série de polaroïds, Der Garten,  consacrée à son jardin de sa modeste ferme de Gransee dont il avait fait son refuge enchanté.

Voir le beau travail d'Amélie Losier sur les derniers jours de l'appartement du Schiffbauerdamm 12.